-Quand L’aidant devient l’abuseur
Un scandale encore tabou :
Quand l’aidant devient l’abuseur
Nous parlons souvent des abus, du harcèlement, de mauvais traitements envers les enfants, les femmes et les minorités visibles. Mais il est moins fréquent d’aborder la question de l’abus des aidants naturels envers les aînés. Et pour cause, c’est un sujet délicat qui nous scandalise et nous questionne beaucoup.
Types d’abus
Ces abus peuvent se manifester parfois par de la violence physique, psychologique, sexuelle, par l’exploitation financière, de la négligence ou même de la manipulation sur le plan spirituel. On voit de tout : pousser, brutaliser, frapper, surmédicamenter ou au contraire priver de soins médicaux ou de base, humilier, isoler, harceler, manipuler, voler, terroriser, affamer, ridiculiser, exclure, etc.
Les victimes
Les victimes ont souvent des caractéristiques communes.
La première touche l’état de santé. Une personne malade, fragile, dépendante ne peut pas se défendre seule. La peur et le fait d’avoir perdu son autonomie placent certains aînés dans une situation qui les oblige à se soumettre à la personne qui accepte d’aider. Ils n’ont plus le choix de se laisser « soigner » puisqu’ils ne sont plus capables de le faire eux-mêmes.
Un autre point commun c’est l’isolement. En effet, dans la plupart des cas, les victimes sont isolées, donc cachées. Il devient alors difficile pour elles de demander de l’aide et les contacts extérieurs étant réduits au minimum, personne ne se rend compte qu’il y a un problème.
Cependant, le facteur le plus grave et qui semble attirer les abus c’est celui d’avoir des biens ou de l’argent non protégés. Qu’il y ait beaucoup ou peu à voler n’a pas d’importance. C’est souvent le fait d’avoir un jeu ouvert qui provoque pratiquement l’abuseur, l’attise même.
Les abuseurs
Lorsqu’on pense à un abuseur, notre imagination nous amène à penser à une personne laide, mal soignée, sentant l’alcool, etc. Mais il faut sortir de ces préjugés pour pouvoir regarder la réalité avec lucidité et, le cas échéant, admettre qu’un proche puisse agir comme abuseur.
Il nous répugne de nous demander comment l’abus de ceux-là même qui nous ont soignés est possible? Comment un frère, une sœur, un conjoint, un enfant ou un neveu peut-il en arriver là? Bien sûr, les aidants naturels ne sont pas tous des abuseurs! Mais, il faut rester prudent puisque certains aidants n’avaient pas le profil de l’abuseur au point de départ…
Un aidant naturel se retrouve parfois dans une situation personnelle terrible. La fatigue physique et morale, les obligations, les problèmes financiers, et toutes sortes d’autres difficultés peuvent provoquer des comportements inattendus. Un neveu qui perd son emploi, une fille exaspérée par la maladie d’Alzeimer de son père, un conjoint ayant lui-même des problèmes de santé, etc. Toutes ces situations peuvent amener celui qui devait « aider naturellement » à finalement, petit à petit, abuser régulièrement…
Avant qu’il ne soit trop tard…
Si donc il est possible qu’un proche en vienne à abuser, il faut se préparer même à cette éventualité-là, aussi terrible soit-elle. On ne peut donc plus compter seulement sur la « bonne volonté » de nos proches pour nos vieux jours? Non, on ne peut vraiment plus…
Malheureusement, on ne peut pas éviter systématiquement tous les types d’abus même en étant prévoyant. Par contre, certains d’entre eux sont plus faciles à esquiver comme l’exploitation financière. Il existe plusieurs produits financiers qui peuvent non seulement protéger vos avoirs (rentes) mais également vous assurer des soins de toutes sortes en cas de problèmes (assurances).
Un bon conseiller en sécurité financière peut élaborer un plan en tenant compte des risques d’abus financiers. Un notaire quant à lui peut produire un mandat d’inaptitude à partir de vos instructions. Un avocat, peut aussi faire le même travail. Dans vos démarches, vous aurez à prévoir au moins deux personnes pour s’occuper de vous et de vos finances. Il faut savoir qu’il est préférable de choisir des personnes ayant des niveaux de liens différents. Par exemple, un ami et une fille ou un neveu et une sœur. Ce faisant, on déjoue les alliances possibles entre les aidants.
L’effet système d’alarme
Avec cette planification en poche, non seulement on se protège, mais on décourage les abuseurs en éliminant les tentations puisqu’il sera plus difficile d’essayer d’en profiter… et d’une certaine façon on rend service à nos proches en leur évitant la tentation…. C’est un peu comme les systèmes d’alarme : ils n’ont jamais vraiment empêché les cambrioleurs de voler, mais plutôt, ils les retardent, les découragent, ils ont un effet dissuasif sur les voleurs qui auront plutôt tendance à s’attaquer à des résidences non protégées.
On ne peut rien contre la nature de l’homme. Mais comme on dit : « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». En d’autres mots, pour éviter d’être attaqué, le meilleur moyen est de se mettre en état de se défendre. C’est ça se préparer à une éventuelle perte d’autonomie.
Il ne reste plus maintenant qu’à passer de la parole, aux actes!
Sophie Bouchard
Adjointe administrative PAFA
-Prendre soin de ses parents
Prendre soins de ses parents : un beau moment en famille? Peut-être…
Quand arrive le jour où l’on constate que c’est à notre tour d’aider nos parents, prendre des décisions éclairées n’est pas chose facile. On ne veut surtout pas les négliger, mais on ne veut pas y passer non plus!
Le dévouement, la reconnaissance, prendre ses responsabilités, c’est beau, c’est juste et c’est nécessaire. Mais encore faut-il savoir dans quel bateau on s’embarque avant de prendre le départ! Sinon, on court le risque de vouloir débarquer avant l’arrivée à bon port… C’est que ce genre d’« aventure » ne correspond peut-être pas tout à fait à la vision qu’on s’en fait la plupart du temps.
En toute lucidité
Parfois, c’est de façon un peu romantique qu’on s’imagine s’embarquer dans cette galère. On peut facilement se forger l’image d’un enfant qui se dévoue sans compter pour un parent qui manifeste à chaque instant le bonheur d’être dans la maison de sa progéniture! Assis en famille, au coin d’un feu pétillant, en jasant de choses et d’autres ou en jouant aux cartes. Le multi générationnel est si riche pour toute la famille. C’est sain pour les jeunes enfants et les adolescents d’être en contact avec leurs grands-parents. C‘est une excellente façon de leur apprendre le respect envers les aînés.
N’est-ce pas que c’est réconfortant, touchant? Oui, ça l’est. Mais tout ça, il faut se l’avouer, ce n’est que la réalité à temps partiel. Parce qu’il y a aussi les côtés plus difficiles à avaler, comme dans toute chose. Et en faire fit équivaut à risquer l’échec.
La réalité en face
Loin de moi l’idée de vouloir détruire vos bonnes intentions! Au contraire, personnellement, je pense que dans la majorité des cas, c’est dans sa famille que les aînés devraient être accueillis parce que c’est là qu’ils seront le mieux traités. C’est comme ça depuis des temps immémoriaux. L’humanité a cette expérience que c’est ce qu’il faut faire et il faut bien lui reconnaître ses années d’ancienneté en la matière!
Donc, si c’est votre choix d’installer vos parents chez vous, il faut bien s’y préparer pour faire face à toute éventualité parce que les temps ont quand même changé. Notre génération est plus compartimentée, plus individualiste, et disons-le franchement, plus souvent préoccupée par son petit bien-être que par celui des autres. Et là, il faudra certainement que ça change pour que tout le monde puisse survivre à de tels choix et être content de ce nouveau mode de vie multi générationnel.
Le problème de l’âge
Depuis les 10 dernières années, j’ai vu ma belle-mère de 79 ans prendre soin de sa propre mère, qui a maintenant 106 ans. Et, c’est sans hésitation que je vous assure que c’était pour leur plus grand bien. Les deux s’en sont trouvées vraiment heureuses.
L’une de pouvoir rendre au centuple ce qu’elle avait reçue et l’autre de voir de ses propres yeux, le fruit de toutes ces années de renoncement personnel alors qu’elle prenait soin de ses 11 enfants.
Il n’en demeure pas moins que c’est une personne très âgée qui a pris soin d’une personne très, très âgée. Ce qui me fait penser qu’on oublie souvent, lorsque nous pensons à prendre nos parents en perte d’autonomie, que nous serons nous-mêmes plus âgés et en moins grande forme qu’aujourd’hui… Et même si ma belle-mère a répondu d’une façon remarquable aux besoins de sa mère, il est arrivé souvent qu’elle requière des services supplémentaires extérieurs pour satisfaire à la charge. Heureusement que leurs finances étaient en bonne santé !
Les joies du multi générationnel
D’abord, il faut savoir que cette prise en charge sera 24 h sur 24 h. Votre résidence deviendra aussi la sienne. À partir de là, il faut s’attendre à tout de l’être cher. Il se peut très bien qu’il s’investisse de la responsabilité de régenter toute la famille (!) et par le fait même, semer la pagaille auprès des ados ou de votre conjoint… D’autres ne se gêneront pas pour contredire les décisions familiales devant les jeunes membres de la famille (y compris celles qui concernent justement les enfants). Au contraire, certains auront l’attitude de tout abandonner, de se laisser aller, de se sentir inutiles, ce qui n’est pas mieux en fait d’atmosphère…
Dans un contexte comme celui-là, tout peut devenir une source de conflit : un bonbon donné à un enfant avant le souper, la cuisson des légumes (trop mou un jour, et trop croquants le lendemain…), le choix d’une émission de télé, la température de la pièce, l’heure de levé, d’entré, de sortie, de couché, etc. Avez-vous besoin de plus d’exemples? Non, je pense qu’il vous en est venu toute une série dans la tête parce que vous connaissez bien vos parents, leurs qualités et leurs gentils défauts.
Et puis, il y a vivre avec sa mère, mais aussi vivre avec sa belle-mère! Parce que notre conjoint, on l’a choisi (et malgré ça, il y a des petites altercations parfois…). Mais eux, nos parents et notre conjoint, ils ne se sont pas nécessairement choisis l’un l’autre. Lorsqu’on prend ses parents chez soi, il faut s’attendre à ce que son conjoint ait aussi son mot à dire. On peut donc facilement se retrouver entre deux feux, deux amours, deux blessures, deux personnes différentes qui ne s’aiment peut-être pas autant entre eux qu’on les aime chacun pour ce qu’ils sont personnellement.
Il y a aussi les cas d’alliances : votre conjoint et votre parent s’unissent pour critiquer sans cesse votre façon de faire, votre alimentation, le ton de votre voix… tout ceci, bien évidemment, pour votre plus grand bien!
Et moi dans tout ça?
Vous vous dîtes sûrement : « Mais, si je fais ce choix, qu’arrivera-t-il du reste de ma vie? Mes amis, ma carrière, mes loisirs, mon intimité, mon sommeil, mes économies et même ma liberté? C’est vrai, il existe toutes sortes de programmes d’aide pour me soutenir dans ce choix. Mais, tout le monde le dit, cette aide est carrément insuffisante. » Bien que nos gouvernements nous promettent mers et monde, on sait bien que l’argent ne pousse pas dans les arbres et que les coûts reliés au vieillissement de la population seront titanesques. Il faut donc s’attendre à devoir se battre pour obtenir des services et des sous.
Et malgré nos efforts, il faudra peut-être devoir faire face à la musique, avec ou sans aide… Vous devrez peut-être même quitter votre emploi! Il aurait fallu prévoir, mais qui pouvait se douter de ce qui se tramait pour notre société?
Pour éviter que l’histoire se répète
Si on avait su, on aurait tout prévu! En effet, tout était possible puisqu’il s’agissait d’envisager les coups…. et les coûts. Il existe sur le marché des produits d’assurances qui sont conçus spécialement pour subvenir à ses besoins au moment où il y a perte d’autonomie (assurance soins santé, maladie grave, soins longue durée, etc). Ces produits ont malheureusement la réputation d’être très coûteux. C’est parce qu’ils sont souvent achetés tard dans la vie. Mais je vais vous révéler un petit secret bien gardé : si on y pense tôt, c’est beaucoup moins cher.
S’il est trop tard pour nos parents, c’est encore possible de faire le nécessaire pour soi-même. C’est le minimum à faire aujourd’hui, pour en tirer le maximum plus tard et ainsi éviter que l’histoire se répète, que notre progéniture soit face aux mêmes problèmes. Parce que, si la vie suit son court normal, que ça nous plaise ou non, ils seront âgés eux aussi, au moment de prendre le relais. Qui pourra alors les aider? Une aide domestique? Des soins à domiciles, ça c’est cher! Pas mal plus cher qu’un petit budget d’assurance soins longue durée!
Prévoir aujourd’hui, c’est préparer le terrain pour que le moment venu, toutes les options soient possibles : rester dans sa famille, se payer des soins à la maison ou dans une résidence privée, payer une remplaçante, etc.
Une question d’amour
La question principale demeure celle de l’amour filial. Le reste n’est qu’accessoire. Au fond, se préparer, c’est uniquement pour pouvoir aimer, ou plutôt, mieux aimer. Les échanges, les partages, les liens familiaux sont favorables dans un contexte où tout a été soigneusement disposé. Lorsqu’on tire le diable par la queue, ou que le temps est une denrée rare, il est difficile de rester disponible, patient, généreux…
Que ce soit à la maison ou dans une résidence, nous nous devons d’être attentif à nos parents puisque la société, l’État providence ne pourra bientôt plus le faire à notre place! C’est le minimum, c’est la réciprocité et c’est aussi la reconnaissance.
Sophie Bouchard
Adjointe administrative PAFA
-Aidants naturels
Le jour de la reconnaissance – Opinion
Portés, nourris, langés, chouchoutés, formés, puis lancés dans la vie, nous l’avons tous été.
Par qui? Par nos parents.
Bien sûr, tout ne s’est pas passé comme sur des roulettes, pas toujours de façon parfaite, avec quelques bavures même à l’occasion. Mais il faut quand même le reconnaître : le produit fini n’est pas si mal que ça!
Grâce à qui? Grâce à nos parents!
Par reconnaissance
Et un jour, nous aurons l’occasion de leur rendre tout ce qu’ils ont fait pour nous. Un jour, ce sera leur tour d’avoir besoin de nous. Et là encore, ça ne se passera peut-être pas comme sur des roulettes, pas toujours de façon parfaite, avec quelques bavures même à l’occasion…
Oui! bientôt, ils risquent de ne plus être en mesure de prendre soin d’eux-mêmes. Et ce jour-là, ce sera à nous de les nourrir, langer, chouchouter…
Ce jour sera celui de la reconnaissance.
Et quelle est la meilleure façon pour moi de leur manifester ma reconnaissance? En y pensant bien, ils pourraient certainement ressentir ma gratitude si j’acceptais de les installer chez moi. Ce sera alors à mon tour de les dorloter, puisqu’ils l’ont déjà fait pour moi. Quoi de mieux qu’un proche qui nous aime pour prendre soin de nous lorsqu’on perd progressivement le contrôle de notre vie ou dans des moments de vulnérabilité?
Les liens qui font du mal… et du bien
Les liens familiaux sont les plus forts. Et une personne rémunérée pour soigner nos parents, même si elle aime son travail, ce ne sera toujours qu’une employée… On peut se faire du mal entre nous, dans nos familles, c’est vrai. Mais il y a pire : être ignoré. En d’autres mots, ne pas être aimé. Et ce n’est certainement pas ce que l’on souhaite pour nos parents au moment même où ils commencent à être le plus fragile!
Vraiment, quand c’est possible, le meilleur choix c’est certainement que nous nous occupions nous-mêmes de nos parents… et d’utiliser les ressources extérieures disponibles y compris sur le plan financier.
Parce qu’ils le valent bien!
Prendre soin d’un proche, c’est un travail souvent ardu et parfois satisfaisant et valorisant. Mais, il en vaut la peine!
Il m’arrive de m’imaginer ce que mes parents m’ont raconté à mon sujet quand j’étais encore un petit poupon. Je les vois, en pleine nuit, debout, ma mère avec son petit paquet dans les bras, marchant et chantant pendant des heures (j’avais des coliques épouvantables), souvent toute la nuit et pendant ce temps, mon père qui tourne autour anxieux et qui cherche une solution pour me soulager.
Il m’arrive de me rappeler le visage de ma mère lorsque j’arrivais de l’école en première année en criant que j’étais la reine des dictées parce que j’avais eu 12 sur 12; c’était grâce à elle!
Il m’arrive d’être gênée lorsque je pense à toutes ces nuits d’angoisses où mes parents attendaient que leur jeune écervelée se décide enfin à rentrer de son party…
Il m’arrive de revoir la joie de mon père et de ma mère le jour où ils ont su que j’allais à mon tour donner la vie…
Et lorsque je pense à tous ces moments, j’espère que moi aussi, je pourrai leur rendre le centuple, le moment venu, c’est-à-dire au jour de la reconnaissance!
Sophie Bouchard
Adjointe administrative PAFA
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